Alambics et vieilles bouteilles

Mi-novembre 2007 à avril 2008.

Si la bouteille de « goutte » déserte les tables de nos campagnes depuis quelques décennies, elle a symbolisé pendant plus de deux cents ans la richesse et la convivialité chez les agriculteurs. Bien qu’étant une tradition solidement ancrée dans la population rurale, un siècle de négociation législative aura eu raison d’une activité agricole où le droit d’user de ses produits et les exigences fiscales de l’état se confrontent.
L’eau-de-vie obtenue à partir du cidre de la ferme, éveille en chacun de nous le souvenir de grands-parents qui en faisaient un usage quotidien.Véritable tradition, il n’était pas question de se dispenser de quelques gouttes dans le café ou d’un petit verre de liqueur à la fin d’un repas de famille.
 
Anne Cécile Turquety alambiccrédit photo : Anne-Cécile Turquety
 
Héritage plus ancien de la médecine, l’eau de vie, alcool antiseptique et «réchauffant», bénéficiait aussi de vertus indispensables au soin des hommes et des animaux.
 
Jérôme Cucarull alambics
crédit photo : Jérôme Cucarull
 
Issue du principe très ancien de la distillation, abondamment employée par la médecine et la chimie du Moyen-âge jusqu’au début du 20e siècle, l’eau-de-vie de cidre, petite sœur de l’eau de vie de vin, a émergé dans le courant du 18e siècle pour devenir incontournable dans les exploitations agricoles de la première moitié du 20e siècle.
 
Malgré des rebondissements législatifs incessants depuis presque 200 ans, accompagnés de réactions sociales de plus en plus virulentes, l’atmosphère régnant autour de l’alambic entre distillateurs ambulants et bouilleurs de cru semble immuable. Centrée sur la conduite de l’alambic, la journée du distillateur ambulant est rythmée par le passage des bouilleurs de cru et les exigences administratives qui en découlent. A l’atelier public, toute l’attention est focalisée sur la flamboyante machine, le « compagnon » du distillateur, l’alambic qui, fabriqué en cuivre par le chaudronnier, a subit des améliorations au fil des siècles.
 
Inchangée dans la forme, l’activité de distillation ambulante est aujourd’hui en voie d’extinction.
La chute de la production et de la consommation du cidre, appuyé par la fin des droits de bouillir gratuitement 10 litres d’alcool pur par an prévu pour le 1er janvier 2008, condamne irrémédiablement le métier de distillateur ambulant.

Les quelques passionnés d’eau de vie de cidre qui souhaitent poursuivre la production à titre personnel ou professionnel vont-ils parvenir à donner une seconde vie à ce produit et inciter les bouilleurs de cru à payer le droit de distiller ?


 
Hervé Ronné alambics crédit photo : Hervé Ronné
 
 
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